Boris Mélène nous a transmis un petit livret édité en 1913 et qui nous raconte la révolution à Saint-Sulpice.



La Révolution à Saint-Sulpice de Favières.

La Révolution, longuement préparée par la décadence des institutions et des croyances, par les scandales de la régence et du règne de Louis XV, par les philosophes et les encyclopédistes, avant de déchaîner la Terreur, développa par toute la France la révolte de l'individu contre toute discipline, le mépris du passé et la haine de la religion.

Le 12 juillet 1790, l'Assemblée Constituante vota la Constitution civile du clergé. «Sous prétexte de restaurer l'Eglise primitive, l'Assemblée organisait de toutes pièces une Eglise toute nouvelle ».

En effet, évêques et curés devaient se recruter désormais par voie d'élection. Les ministres du culte étaient éligibles, comme les fonctionnaires civils et par le même corps électoral.

L'Assemblée enjoignit aux prêtres et évêques (novembre 1790) de prêter serment à la nouvelle constitution sous peine de destitution.

Tous les évêques, sauf Talleyrand, Lomenie de Brienne, Jarente et Savine (évêques d'Autun, de Sens, d'Orléans et de Viviers ; 1770 sur 1800 docteurs de Sorbonne, la majorité des curés, refusèrent de prêter serment et témoignèrent leur volonté de rester en union avec le Pape Pie VI.

Alors, l'Assemblée supprima toutes les confréries et corporations religieuses, prohiba tout costume ecclésiastique ou religieux, mit en vente les palais épiscopaux, les monastères, ordonna la dispersion des congrégations de religieux et religieuses, «même, dit Taine, de celles qui étaient uniquement vouées au service des hôpitaux et au soulagement des malades, même de celles qui donnaient l'enseignement primaire, et dont l'abolition allait ôter à 600 000 enfants les moyens d'apprendre à lire et à écrire ».

 

Le 21 septembre I792, la République était proclamée à la suite de massacres dans lesquels, à Paris seulement, périrent quatre cents prêtres, l'élite et l 'honneur du clergé français.

Ces événements avaient leur répercussion jusque dans les campagnes.

L'abbé Chauvot, qui n'avait pas prêté serment à la Constitution, jugea prudent de prendre la fuite.

Il se trouva un prêtre sans scrupule pour briguer sa succession; ce fut François Huet, ancien curé de Chamarande et de Cerny.

Nous voyons sa signature apparaître pour la première fois sur un acte du 21 avril 1793, comme « officier public et curé dudit Saint-Sulpice ».

Le malheureux constate la transmission aux autorités civiles des registres de baptêmes, mariages et sépultures.

 

 



 

 

Une quinzaine de jours plus tard, le conseil décidait la vente ou la location du presbytère.

Cependant le culte était encore célébré dans l'église. Le 24 juillet, Huet recevait 1 livre 7 sols 6 deniers comme honoraires d'une messe pour la femme de Simon Barrué. Cela ne devait pas durer longtemps.

Le 2 novembre 1793, le citoyen Couturier, représentant du peuple, se présenta à Saint-Sulpice de Favières porteur d'ordres de la Convention.

On lui remit le chef en argent de Saint-Sulpice, pour qu'il l'emporte «faire des miracles à la Monnoie », un encensoir, deux chandeliers, une croix, une navette en argent, le trésor de la confrérie. (Au 19 septembre 1785, le trésor possédait 1512 livres. Nous n'avons pas trouvé le montant de la somme enlevée par Couturier.).

Les registres et papiers de la fabrique, qui étaient conservés à la sacristie, furent mis en tas auprès de la chapelle des miracles et incendiés au milieu du délire enthousiaste ou factice de la population qui poussait les cris de : «A bas les tyrans ! Vive la Montagne ! La liberté ou la mort ! »

Alors se produisit une scène plutôt pénible et qui n'impressionna pas favorablement l'assistance. Huet demanda à Couturier de régulariser son mariage avec sa bonne (*).

(Diverses lois que la Convention venait de promulguer favorisaient le mariage et

l'apostasie des prêtres.)

Couturier lui donna cette satisfaction, le dispensant même des publications requises.

Les cloches furent descendues pour être transformées en canons, et Couturier s'en alla, non sans avoir modifié le nom de la commune qui devint : «Favières défanatisé»,

Le culte des morts disparaît avec le retour de la sauvagerie.

Certains trouvèrent que le cimetière, placé depuis des siècles autour de l'église, était gênant « sur la plus belle place de la commune », et demandèrent son transfert au bout du jardin de la cure.

 

Le citoyen Couturier fit savoir, le 18 brumaire an II (8 novembre 1793), qu'il autorisait cette translation.

A ce moment aussi eut lieu la mise en adjudication des travaux à faire pour ôter les fleurs de lis et les blasons tant à l'intérieur qu'à l'extérieur de l'église, « compris toutes armes qui sont attachées à la croix de pierre» du cimetière, et pour « réparer les dégradations qui pourraient être faites en faisant les dits ouvrages ».

L'adjudicataire fut Jacques Meyer, de Torfou, moyennant la somme de 23 livres.

On voit encore par toute l'église les traces de cet acte de stupide vandalisme.

La Convention, qui faisait décapiter Lavoisier en disant que la République n'avait pas besoin de savants, trouvait des imitateurs.

L'école fondée par l'abbé Bouvier fut fermée et adjugée à Thomas Barrué pour 75 livres.

Le 29 novembre (9 frimaire an II), Huet, soit qu'il éprouve des remords, soit qu'il craigne de passer pour tiède, «confesse ses erreurs», rend les clefs de l'église et brûle ses titres de possession.

Le lendemain, Clipet est nommé instituteur national.

La Révolution se passa sans qu'aucun événement important n'ait été signalé au registre des délibérations communales.

 

 

Le nom de « Saint-Sulpice de Favières » y remplace « Favières défanatisé » le 7 septembre 1795, à propos de la nomination d'un garde-champêtre. Robespierre était mort.

Le Directoire remplaça bientôt la Convention (1er octobre 1795).Le gouvernement était encore animé d' esprit d'hostilité contre le christianisme, mais la Constitution de l'an III (1795) autorisait le culte avec certaines restrictions. Cette faculté fut mise à profit par beaucoup d'insermentés.

La population devait regretter ses habitudes religieuses, car, à sa demande, le 30 août 1796, l'abbé Jacques-Marie Duraut, né à Vitry-sur-Seine, était nommé desservant de Breuillet et de Saint-Sulpice.
Le nouveau curé fit la déclaration suivante : «Je reconnais que l'universalité des citoyens français est le souverain et je promets soumission et obéissance aux lois de la République. »

M. Emery, le supérieur général de Saint-Sulpice, avait prêté ce serment, le considérant comme purement politique et beaucoup de prêtres fidèles suivirent son exemple.

Bonaparte, à son retour d'Egypte, renversa le Directoire, fut élu premier consul et, après avoir imposé la paix à l'Europe par les traités de Lunéville et d'Amiens, il songea à assurer la pacification religieuse de la France en négociant le Concordat avec Pie VII.

De toutes parts, les prêtres revinrent d'exil, les églises furent réouvertes, les fabriques se reconstituèrent.

 

A Saint-Sulpice, l'administration de la fabrique fut confiée par le préfet aux citoyens Boucher, Clipet et Louis le Grand.

Le 22 janvier 1804, le maire Montullé procède avec eux à l'adjudication des bancs «que chacun voudra construire à ses frais et avoir à l'église en payant la rente annuelle par moitié tous les six mois». Le premier banc placé devant l'autel de la Vierge, du côté du pilier de la grande nef, fut adjugé au citoyen Louis-Pierre Thomas et à Marie-Victoire-Céleste Petit, sa femme, pour 3 livres 5 sols.

Les stalles du chœur sont mises en location le même jour, au prix de 1 fr. 10 l'une. Elles sont occupées aussitôt, celles du côté droit, par Emery Anaïs, Louis Houdoisier fils, meunier du moulin de l'Ecurie; Brice Marineau, des Emondants, Louis-Michel Mayet, Claude Nacivet, Couzin Barrué, François Jouannès, des Emondants, Jean-Jacques Mayet, Michel Haudouin.

Celles du côté gauche, par J. Héret, le vicaire, Héret, Imbault, Léger, Jean-Honoré Bordereau, Pierre Rousseau, Sébastien Thuillier, Jean Louis, du château de cette commune, Martin Bonviller.

Nous avons donné ces détails qui prouvent bien l'empressement avec lequel les fidèles reprenaient le chemin de l'église.

Il en est un autre plus significatif encore à ce point de vue; c'est le rôle des cotisations volontaires souscrites pour assurer «le traitement du ministre du culte catholique de la commune de Saint-Sulpice de Favières».

La souscription fut ouverte le 24 mai 1804. Le 16 juin, elle était close. Cent cinq personnes s'étaient engagées à payer une somme totale de 453 livres 19 sols que M. Jacques Haudebine, conseiller municipal, fut chargé de percevoir.

Dans cette longue liste figurent des personnes de toutes conditions, des grosses et des petites sommes.

 

 

Le maire Montullé s'inscrit pour 36 livres; Anquetin, l'adjoint, pour 6 livres; Jean Charpentier, le meunier, pour 18 livres; Louis-Augustin Clipet, l'instituteur, pour 6 livres; Jacques Haudebine,12 livres; la veuve Bonin, 1 livre 2 sols; Berquin du Vallon, 24 livres ; la veuve Mireau, 10 sous; la veuve Longemiot , 10 sous; Jean-Baptiste Feuilleret, dit Saint-Jean, 3 livres; Jean-François Feuilleret, dit Petit, 2 livres; Jean-Baptiste Feuilleret, l'aîné, 2 livres; Pierre-Maurice Feuilleret, dit le Moine, 30 sous, etc., etc.
La paroisse est officiellement réorganisée, et l'évêque de Versailles, Mgr Charrier de la Roche, y envoie comme curé l'abbé Guerre.

Le culte de Saint-Sulpice renaît insensiblement, et de toute la région, au jour de sa fête, la foule recommence à affluer vers la chapelle des Miracles.

Le 21 février 1805, M. Guyot, desservant de Breuillet, fait don à l'église d'un calice de la part d'une âme bienfaisante.

La même année, le 1er septembre, premier dimanche de la fête de Saint-Sulpice, les administrateurs de la fabrique se réunissent pour prendre connaissance d'une lettre de l'évêque de Versailles.

 

Mgr Charrier de la Roche avait dû, à la demande des anciens administrateurs de la fabrique, décider la suppression de la confrérie, car l'assemblée adopta une délibération le suppliant « de ne prendre aucun parti de réforme sans qu'au préalable il ait vu, soit par ses propres yeux, - si jamais il a la bonté de visiter notre église - ou par son vicaire général dans le cours de ses visites: 1 ° l'influence de cette dévotion sur la religion des fidèles, et 2° l'importance de cette confrérie pour le soutien de notre église si recommandable tant par sa grandeur que par la beauté respectable de l'édifice.

La réponse épiscopale dut donner satisfaction à la fabrique, car les quêtes des trois dimanches de la fête recommencent à figurer sur le registre. Il y a 117 livres 12 sols en 1806 ; 97 livres 9 sols en 1807 ; 130 livres 16 sols en 1808; 145 livres 17 sols en 1809 ; 180 livres 6 sols en 1810 ; 304 livres en 1817 ; 306 livres en 1820.

C'est à partir de 1827 que les registres ne portent plus mention des comptes de la fête de Saint-Sulpice. Serait-ce à partir de cette époque qu'on cessa de la célébrer solennellement ?

Nous ne le savons pas, pas plus que nous ne connaissons les motifs pour lesquels la confrérie cessa d'exister à partir de ce moment.

Pierre Leroy

Bientôt la suite : L'histoire du pélerinage, La vénération des reliques de Saint-Sulpice, La nouvelle confrèrie, La vie de Saint-Sulpice le Pieux.