Le lendemain, Clipet est nommé instituteur national. La Révolution se passa sansqu'aucun événement important n'ait été signalé au registre des délibérationscommunales.Le nom de « Saint-Sulpice de Favières » y remplace «Favières défanatisé» le 7septembre 1795, à propos de la nomination d'un garde-champêtre. Robespierre étaitmort. Le Directoire remplaça bientôt la Convention (1er octobre 1795).Legouvernement était encore animé d' esprit d'hostilité contre le christianisme, mais laConstitution de l'an III (1795) autorisait le culte avec certaines restrictions. Cettefaculté fut mise à profit par beaucoup d'insermentés.La population devait regretter ses habitudes religieuses, car, à sa demande, le 30août 1796, l'abbé Jacques-Marie Duraut, né à Vitry-sur-Seine, était nommédesservant de Breuillet et de Saint-Sulpice. Le nouveau curéfit la déclaration suivante : «Je reconnais que l'universalitédes citoyens français est le souverain et je prometssoumission et obéissance aux lois de la République. »M. Emery, le supérieur général de Saint-Sulpice, avaitprêté ce serment, le considérant comme purement politiqueet beaucoup de prêtres fidèles suivirent son exemple.Bonaparte, à son retour d'Egypte, renversa le Directoire,fut élu premier consul et, après avoir imposé la paix àl'Europe par les traités de Lunéville et d'Amiens, il songea àassurer la pacification religieuse de la France en négociantle Concordat avec Pie VII.De toutes parts, les prêtres revinrent d'exil, les églisesfurent réouvertes, les fabriques se reconstituèrent.A Saint-Sulpice, l'administration de la fabrique fut confiéepar le préfet aux citoyens Boucher, Clipet et Louis le Grand.Le 22 janvier 1804, le maire Montullé procède avec eux àl'adjudication des bancs «que chacun voudra construire à ses frais et avoir à l'église en payant la rente annuelle par moitiétous les six mois». Le premier banc placé devant l'autel dela Vierge, du côté du pilier de la grande nef, fut adjugé aucitoyen Louis-Pierre Thomas et à Marie-Victoire-CélestePetit, sa femme, pour 3 livres 5 sols.Les stalles du chœur sont mises en location le même jour,au prix de 1 fr. 10 l'une. Elles sont occupées aussitôt, cellesdu côté droit, par Emery Anaïs, Louis Houdoisier fils,meunier du moulin de l'Ecurie; Brice Marineau, desEmondants, Louis-Michel Mayet, Claude Nacivet, CouzinBarrué, François Jouannès, des Emondants, Jean-JacquesMayet, Michel Haudouin.Celles du côté gauche, par J. Héret, le vicaire, Héret,Imbault, Léger, Jean-Honoré Bordereau, Pierre Rousseau,Sébastien Thuillier, Jean Louis, du château de cettecommune, Martin Bonviller.Nous avons donné ces détails qui prouvent bienl'empressement avec lequel les fidèles reprenaient le cheminde l'église.Il en est un autre plus significatif encore à ce point de vue; c'est le rôle descotisations volontaires souscrites pour assurer «le traitement du ministre du cultecatholique de la commune de Saint-Sulpice de Favières».La souscription fut ouverte le 24 mai 1804. Le 16 juin, elle était close. Cent cinqpersonnes s'étaient engagées à payer une somme totale de 453 livres 19 sols que M.Jacques Haudebine, conseiller municipal, fut chargé de percevoir.Dans cette longue liste figurent des personnes de toutes conditions, des grosses et des petites sommes.Le maire Montullé s'inscrit pour 36 livres; Anquetin, l'adjoint, pour 6 livres; JeanCharpentier, le meunier, pour 18 livres; Louis-Augustin Clipet, l'instituteur, pour 6livres; Jacques Haudebine,12 livres; la veuve Bonin, 1 livre 2 sols; Berquin duVallon, 24 livres ; la veuve Mireau, 10 sous; la veuve Longemiot , 10 sous; Jean-Baptiste Feuilleret, dit Saint-Jean, 3 livres; Jean-François Feuilleret, dit Petit, 2livres; Jean-Baptiste Feuilleret, l'aîné, 2 livres; Pierre-Maurice Feuilleret, dit leMoine, 30 sous, etc., etc. La paroisse est officiellement réorganisée, et l'évêque de Versailles, Mgr Charrierde la Roche, y envoie comme curé l'abbé Guerre.Le culte de Saint-Sulpice renaît insensiblement, et de toute la région, au jour de safête, la foule recommence à affluer vers la chapelle des Miracles.Le 21 février 1805, M. Guyot, desservant de Breuillet, fait don à l'église d'un calicede la part d'une âme bienfaisante.La même année, le 1er septembre, premier dimanche de la fête de Saint-Sulpice,les administrateurs de la fabrique se réunissent pour prendre connaissance d'unelettre de l'évêque de Versailles.Mgr Charrier de la Roche avait dû, à la demande des anciens administrateurs de lafabrique, décider la suppression de la confrérie, car l'assemblée adopta unedélibération le suppliant « de ne prendre aucun parti de réforme sans qu'au préalableil ait vu, soit par ses propres yeux, - si jamais il a la bonté de visiter notre église - oupar son vicaire général dans le cours de ses visites: 1 ° l'influence de cette dévotionsur la religion des fidèles, et 2° l'importance de cette confrérie pour le soutien denotre église si recommandable tant par sa grandeur que par la beauté respectable del'édifice.La réponse épiscopale dut donner satisfaction à la fabrique, car les quêtes des troisdimanches de la fête recommencent à figurer sur le registre. Il y a 117 livres 12 solsen 1806 ; 97 livres 9 sols en 1807 ; 130 livres 16 sols en 1808; 145 livres 17 sols en1809 ; 180 livres 6 sols en 1810 ; 304 livres en 1817 ; 306 livres en 1820.C'est à partir de 1827 que les registres ne portent plus mention des comptes de lafête de Saint-Sulpice. Serait-ce à partir de cette époque qu'on cessa de la célébrersolennellement ?Nous ne le savons pas, pas plus que nous ne connaissons les motifs pour lesquels la confrérie cessa d'exister à partir de ce moment.Pierre LeroyLa révolution.La Révolution, longuement préparée par la décadence des institutions et descroyances, par les scandales de la régence et du règne de Louis XV, par lesphilosophes et les encyclopédistes, avant de déchaîner la Terreur, développa par toute la France la révolte de l'individu contre toute discipline, le mépris du passé et lahaine de la religion.Le 12 juillet 1790, l'Assemblée Constituante vota la Constitution civile du clergé.«Sous prétexte de restaurer l'Eglise primitive, l'Assemblée organisait de toutes piècesune Eglise toute nouvelle ».En effet, évêques et curés devaient se recruter désormais par voie d'élection. Lesministres du culte étaient éligibles, comme les fonctionnaires civils et par le mêmecorps électoral.L'Assemblée enjoignit aux prêtres et évêques(novembre 1790) de prêter serment à la nouvelleconstitution sous peine de destitution.Tous les évêques, sauf Talleyrand, Lomenie deBrienne, Jarente et Savine (évêques d'Autun, deSens, d'Orléans et de Viviers ; 1770 sur 1800docteurs de Sorbonne, la majorité des curés,refusèrent de prêter serment et témoignèrent leurvolonté de rester en union avec le Pape Pie VI.Alors, l'Assemblée supprima toutes les confréries et corporations religieuses, prohiba tout costumeecclésiastique ou religieux, mit en vente les palaisépiscopaux, les monastères, ordonna la dispersiondes congrégations de religieux et religieuses,«même, dit Taine, de celles qui étaient uniquementvouées au service des hôpitaux et au soulagementdes malades, même de celles qui donnaientl'enseignement primaire, et dont l'abolition allaitôter à 600 000 enfants les moyens d'apprendre àlire et à écrire ».Le 21 septembre I792, la République étaitproclamée à la suite de massacres dans lesquels, àParis seulement, périrent quatre cents prêtres,l'élite et l 'honneur du clergé français.Ces événements avaient leur répercussion jusque dans les campagnes.L'abbé Chauvot, qui n'avait pas prêté serment àla Constitution, jugea prudent de prendre la fuite.Il se trouva un prêtre sans scrupule pour briguersa succession; ce fut François Huet, ancien curé de Chamarande et de Cerny.Nous voyons sa signature apparaître pour lapremière fois sur un acte du 21 avril 1793, comme« officier public et curé dudit Saint-Sulpice ».Le malheureux constate la transmission aux autorités civiles des registres debaptêmes, mariages et sépultures.Une quinzaine de jours plus tard, le conseil décidait la vente ou la location dupresbytère.Cependant le culte était encore célébré dans l'église. Le 24 juillet, Huet recevait 1livre 7 sols 6 deniers comme honoraires d'une messe pour la femme de SimonBarrué. Cela ne devait pas durer longtemps.Le 2 novembre 1793, le citoyen Couturier, représentant du peuple, se présenta àSaint-Sulpice de Favières porteur d'ordres de la Convention.On lui remit le chef en argent de Saint-Sulpice, pour qu'il l'emporte «faire desmiracles à la Monnoie », un encensoir, deux chandeliers, une croix, une navette enargent, le trésor de la confrérie. (Au 19 septembre 1785, le trésor possédait 1512livres. Nous n'avons pas trouvé le montant de la somme enlevée par Couturier.).Les registres et papiers de la fabrique, qui étaient conservés à la sacristie, furentmis en tas auprès de la chapelle des miracles et incendiés au milieu du délireenthousiaste ou factice de la population qui poussait les cris de : «A bas les tyrans !Vive la Montagne ! La liberté ou la mort ! »Alors se produisit une scène plutôt pénible et qui n'impressionna pas favorablement l'assistance. Huet demanda à Couturier de régulariser son mariage avec sa bonne (*).(Diverses lois que la Convention venait de promulguer favorisaient le mariage etl'apostasie des prêtres.)Couturier lui donna cette satisfaction, le dispensant même des publicationsrequises.Les cloches furent descendues pour être transformées en canons, et Couturier s'enalla, non sans avoir modifié le nom de la commune qui devint : «Favièresdéfanatisé»,Le culte des morts disparaît avec le retour de la sauvagerie.Certains trouvèrent que le cimetière, placé depuis des siècles autour de l'église, étaitgênant « sur la plus belle place de la commune », et demandèrent son transfert aubout du jardin de la cure.Le citoyen Couturier fit savoir, le 18 brumaire an II (8novembre 1793), qu'il autorisait cette translation.A ce moment aussi eut lieu la mise en adjudication destravaux à faire pour ôter les fleurs de lis et les blasonstant à l'intérieur qu'à l'extérieur de l'église, « compristoutes armes qui sont attachées à la croix de pierre» ducimetière, et pour « réparer les dégradations quipourraient être faites en faisant les dits ouvrages ».L'adjudicataire fut Jacques Meyer, de Torfou,moyennant la somme de 23 livres.On voit encore par toute l'église les traces de cet acte destupide vandalisme.La Convention, qui faisait décapiter Lavoisier en disant que la République n'avaitpas besoin de savants, trouvait des imitateurs.L'école fondée par l'abbé Bouvier fut fermée et adjugée à Thomas Barrué pour 75livres.Le 29 novembre (9 frimaire an II), Huet, soit qu'il éprouve des remords, soit qu'ilcraigne de passer pour tiède, «confesse ses erreurs», rend les clefs de l'église et brûle ses titres de possession.Saint-Sulpice-de-FavièresMartelage de l’église en 1793