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Une église du XIIIème 

Saint-Sulpice pendant la Révolution
Le pélerinage
Histoire des lieux-dits

Construite dans la deuxième moitié du XIIIème siècle, l'église de Saint-Sulpice-de-Favières est en 1840 l’un des premiers monuments classés. Joyau d’un petit village historique vivant hors du temps, cette église reste aujourd’hui l’une des plus belles expressions du gothique du XIIIème siècle à son apogée.

On est d’abord séduit par le charme unique de la place et de son église. On l’est ensuite par l’architecture intérieure, remarquable dans son traitement de l’espace et de la lumière. Mais ce sont les magnifiques verrières du XIIIème siècle - grisailles et vitraux historiés - qui nous éblouissent  : par l’iconographie, la richesse des couleurs ou le merveilleux du dessin, nous sommes à Chartres.



Vue arrière de l'église

A TRAVERS LES SIECLES

Au Moyen-Age, Saint-Sulpice est l’endroit du royaume où l’on vénère les reliques du saint mort en 644. C’est aussi un lieu de miracles et une étape sur la route de Saint-Jacques-de-Compostelle. Sous Saint-Louis, son pèlerinage est l’un des plus importants d’Ile-de-France. Les pèlerins se regroupent alors dans une petite église (maintenant la chapelle des Miracles) et leur nombre est si considérable qu’il conduira à la construction de l’église actuelle.

Sa construction commence vers 1245 et s’achève dans les années 1300 par la façade occidentale. Sept siècles d’histoire ont laissé des traces. Si la guerre de Cent Ans a été peu destructrice, c’est sous la Fronde et pendant la Révolution que l'église connaîtra ses deux principales dégradations. En 1652, un boulet de Turenne aurait provoqué l’effondrement des voûtes de la nef. En 1793, les sculptures du portail occidental sont martelées et la statue du saint décapitée.

Les restaurations du XVIIème siècle ainsi que les soins constants apportés depuis 1835 ont presque redonné à l'église son éclat d’origine. Dans un même esprit de conservation du patrimoine classé, une restauration de la façade occidentale et des vitraux est en cours depuis 2006.

UNE ARCHITECTURE BRILLANTE

Etabli d’une seule portée, le plan de l’église est d’une merveilleuse simplicité. Les baies aux larges ouvertures ou encore les colonnettes qui s’élancent sans interruption jusqu’aux voûtes sont un emprunt au style rayonnant de Saint-Denis. Les dimensions intérieures (23 mètres de hauteur sous voûte, 33 mètres de longueur, 19 mètres de largeur) retrouvent l’harmonieux équilibre que les dernières cathédrales avaient perdu dans leur course au gigantisme (Beauvais, 48 mètres de hauteur sous voûte).

Le vaisseau central devient alors d’une rare élégance, proche de la perfection.

De structure polygonale, le fond de l’église est la partie la plus ancienne et la plus remarquable ; il s’inscrit dans le style luministe de la Sainte-Chapelle bâtie à la même époque pour Saint-Louis. La prouesse technique réalisée sur le positionnement des fenêtres dans les baies latérales est tout aussi étonnante : les vitraux peuvent être admirés depuis l’allée centrale de la nef sans effets de distorsion.

Ainsi, beauté et mystère de Saint-Sulpice naissent de cette architecture intérieure. En s’avançant dans l’église on passe de l’obscurité silencieuse de la nef à la lumière vibrante du chœur, cette lumière tant recherchée par l’abbé Suger et les bâtisseurs du premier gothique. L’espace s’agrandit et s’éclaire. C'est un élan vers le haut, le sentiment d’une spiritualité.

LA BELLE PEINTURE

Avec l’apparition au XIIème siècle de l’architecture gothique, les murs des églises, qui étaient faiblement ajourés dans l’art roman, s’ouvrent à la lumière. Le vitrail commence à se développer. La technique employée, révélée par le moine Théophile dans un ouvrage écrit vers 1100, n’a pratiquement pas évolué depuis. Dès cette période, deux catégories de vitraux éclairent les églises de l’Ile-de-France : les grisailles et les vitraux historiés.

Les grisailles
L’art de la grisaille, celui d’un vitrail sans couleur et sans image, naît au début du XIIème siècle dans les abbayes cisterciennes en application de la règle de saint Bernard. Il connaît une large diffusion au XIIIème siècle dans les cathédrales comme dans les simples églises. Géométriques à l’origine, les motifs se libèrent et deviennent floraux.
Saint-Sulpice fait aujourd’hui partie des quelques églises de France à pouvoir montrer une baie entière en grisaille. Exécutée vers 1255, celle-ci présente des motifs stylisés en cercles, losanges ou entrelacs bordés par des guirlandes de feuilles joliment colorées.

Les vitraux historiés
Brillant artiste de la couleur, le maître verrier détaille ses verres en composant avec la lumière qui les traverse et le plomb qui les entoure. C’est une peinture qui se voit par transparence et où les tonalités, souvent à dominante bleue et rouge, changent d’intensité au gré de la clarté du jour. On touche au merveilleux et au surnaturel. Citons Grodecki : « un art prodigieux de ces vrais primitifs du XIIIème et XIVème siècle qui furent les principaux peintres de France ». Deux baies sont illuminées par de tels vitraux.


Hérode ordonnant le massacre des innocents.

Baie située au-dessus du maître-autel
Datés par Françoise Gatouillat des années 1230, les plus anciens panneaux - dont ceux qui figurent la passion du Christ et l’ensevelissement du saint patron - sont un réemploi de la première église. Ils sont complétés par d’autres datant du dernier tiers du XIIIème siècle qui illustrent la vie de la Vierge.

Parmi eux, le panneau « l’adoration des mages », parfait reflet du vitrail parisien des années 1280, était l’un des fleurons de la célèbre exposition des Vitraux de France en 1953 à Paris.

Baie située au-dessus de l’autel de la Vierge
Conçue vers 1255-60 pour l’église actuelle, cette baie retrace des épisodes de la jeunesse de la Vierge extraits des Evangiles apocryphes et évoque des passages de l’Enfance du Christ tirés des Evangiles canoniques. On s’arrêtera avec plaisir sur le célèbre médaillon du « sommeil des rois mages » au graphisme aussi naïf que délicieux et sur la très joyeuse « chevauchée des rois » animée d’un surprenant sens du rythme.

 









Thierry Dougnac a édité une plaquette illustrée
de Saint-Sulpice-de-Favières.
Pour tout renseignement : Thierry Dougnac

 

PATRIMOINE MONDIAL

Les grisailles et vitraux historiés de l'église sont un chef-d’œuvre du gothique du XIIIème siècle. Manifeste d’une technique vieille de huit siècles, ils font partie de ce que notre patrimoine a de mieux dans l’art du vitrail.

Saint-Sulpice-de-Favières peut aujourd’hui espérer par la beauté de son site, l’harmonie de son architecture intérieure et surtout la qualité de ses vitraux rejoindre avec succès le patrimoine mondial de l’UNESCO.  

Thierry Dougnac
Photos J. Bennehard


Intérieur de l'église

BIBLIOGAPHIE

Publications ou documents propres à Saint-Sulpice

P. Salin, L'église de Saint-Sulpice-de-Favières, Paris, 1865.
Y. Sjöberg, Saint-Sulpice-de-Favières, Congrès Archéologique de France, t. 103, 1944.
Cl. Lautier, Le chevet de Saint-Sulpice-de-Favières, L'Information d'Histoire de l'art, 1972, n° 1.
F. Gatouillat, A Saint-Sulpice-de-Favières, des vitraux témoins de l'art parisien du temps de saint Louis, Dossiers de l'archéologie, n° 26, 1978, p. 50-62.
S. Rivière, L'église de Saint-Sulpice-de-Favières, Paris, Haneuse et Fils, 1991.
D. Larpin, Etude préalable à la restauration de la façade occidentale (2004) et des vitraux (2006).
ARESULP, Guide du visiteur, 2006.
T. Dougnac, Saint-Sulpice-de-Favières, une église du XIIIe siècle, Fontenay-sous-Bois, 2007

Ouvrages généraux

D. Kimpel et R. Suckale, L'architecture gothique en France, 1130-1270, Paris, Flammarion, 1990.
B. Klein (R. Toman dir.), L'Art gothique –architecture, sculpture, peinture, Konemann, 1998.
Le Guide du Patrimoine, Ile de France, Paris, Hachette, 1992.
L. Grodecki et C. Brisac, Le vitrail gothique, Fribourg, 1984, p. 140-143, 259.
C. Brisac et D. Alliou, Regarder et comprendre un vitrail, s.l., Jupilles, 1985.

P. Frankl, Gothic Architecture, revised by P. Crossley, Yale University Press, 2000.

 LES POINTS REMARQUABLES

la façade occidentale avec son style régional offrant une belle originalité dans un environnement gothique pour l’essentiel ;

le décor sculpté du portail central qui révèle l’immense talent des sculpteurs en cette fin du Moyen Age : on aimera surtout les pourtours du tympan où des anges s’animent et sourient, expression d’un gothique qui se tourne vers une sculpture plus libérée et plus réaliste ;

l’impressionnante enfilade sur le flanc sud des contreforts, culées, pinacles et arcs-boutants ;

le subtil mouvement créé au-dessus du vide par des gargouilles tirées du bestiaire fantastique ;

les chapiteaux intérieurs qui marquent l’évolution stylistique du XIIIe siècle. Plus on se rapproche de l’entrée par laquelle s’acheva la construction, plus le motif est fouillé et plus les feuilles, disposées en corbeille, sont naturelles et vivantes.